Françoise Zannier - Docteur en Psychologie - Psychologue Coach Psychothérapeute Superviseur - Paris 12 - Gare de Lyon - Tél. 09 81 62 89 40 - contact@psychologue--paris.fr

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La conscience
aux confins du matériel et du spirituel

Médecine et Niveaux de Réalité

"La réalité psychique est une forme d'existence particulière qu'il ne faut pas confondre avec la réalité matérielle " - S. Freud
"Psychisme et Culture sont co-émergents" - G. Devereux


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Dans un article (<-clic) publié dans le Monde du 26.09.2012, Mr Ramus pose une question à laquelle il apporte des éléments de réponse.

Voici ses propos :
"Peut-il y avoir une exception française en médecine ?
La 5ème édition de la Classification française des troubles mentaux de l'enfant et de l'adolescent(<-clic) (CFTMEA) vient d'être publiée, à destination des psychiatres français souhaitant pratiquer une psychiatrie française, avec des critères diagnostiques fondés sur une théorie psychanalytique des troubles mentaux tombée en désuétude dans le monde entier, sauf en France et dans quelques pays sous influence française."

Revenons donc sur cet article appelant plusieurs observations.

Mr Ramus ignore manifestement que la psychiatrie n'est pas une spécialité médicale comme les autres(<-clic), ce qui est pour le moins surprenant de la part d'un Directeur de recherches du CNRS. En d'autres termes, il ne semble pas savoir que dans la quasi-totalité des maladies psychiatriques, il n'y a pas de témoin biologique fiable, en dehors de la parole des patients, de sorte que lorsqu'il s'en trouve, la maladie devient ipso-facto une maladie neurologique ou autre, et non plus psychiatrique (1).

C'est pourquoi la comparaison entre la psychiatrie et les autres spécialités médicales, ne tient pas.
C'est aussi pourquoi il est erroné de vouloir aligner la psychiatrie et la psychologie par voie de conséquence, sur la médecine US fondée sur les preuves (Evidence Based Medicine)(<-clic) .
C'est enfin pourquoi, oui, il peut y avoir une exception à la Française en Psychiatrie et en Psychologie, pour reprendre les termes de Mr Ramus, car cette exception nous honore en réalité, comme nous allons encore le voir.

Précisons que le terme "exception" est inadéquat, parce que la psychanalyse est largement représentée au niveau international, ainsi que d'autres écoles de psychologie, même si cette représentation n'est pas dominante en psychiatrie, et pour cause puisqu'il s'agit d'une spécialité médicale.
De ce point de vue aussi, il n'y a pas vraiment d'exception française, contrairement à ce qui est affirmé.

Pour aller plus loin, rappelons également que la psychopathologie, matière commune à la psychiatrie et à la psychologie clinique, n'est pas une discipline exclusivement médicale, biologique donc, loin s'en faut.
En effet, toutes les écoles de psychologie sans exception - pas seulement la Psychanalyse par conséquent - apportent des explications des troubles ou pathologies psychiques, n'ayant rien à voir avec la psychiatrie biologique ou s'en différenciant très clairement.
Pour cette raison entre autres, les pathologies psychiques ne doivent pas être confondues avec les pathologies mentales organiques dont l'étiologie biologique est connue et indiscutable.

Tout cela rappelle fortement la position du regretté Professeur Edouard Zarifian, qui parlait du déni du psychisme dans la psychiatrie contemporaine(<-clic) .
C'est pourquoi nous renvoyons les lecteurs à l'œuvre de cet auteur, pour approfondir leurs connaissances des problèmes évoqués ici.

En d'autres termes, Mr Ramus semble ignorer que la psychiatrie est construite au carrefour de la biologie et de la psychologie, mais que pour autant la psychologie n'est pas une science médicale, même si de nombreux médecins et biologistes ambitionnent la réduire à cela, avec la bénédiction et l'appui bien réel et concret des laboratoires(<-clic) , que ce soit en termes d'expérimentations, de financement des études médicales, de gratifications diverses et variées des médecins, d'actionnariat, etc...

Notons aussi que le débat en question étant très ancien, il y a longtemps qu'il serait clos s'il pouvait l'être, ce que Mr Ramus ne peut pas ne pas savoir.
Il y a ainsi une hypocrisie et une insistance surprenante dans la persévérance infinie à vouloir tout ramener à la biologie, c'est-à -dire à une conception purement matérialiste de l'esprit.

A toutes fins utiles en outre, pour répondre à Mr Ramus, nous souhaitons rappeler les positions de plusieurs scientifiques de renom, dont la pensée demeure pleinement d'actualité :

- "On ne ramènera jamais les manifestations de notre âme aux propriétés brutes des appareils nerveux, pas plus qu'on ne comprendra de suaves mélodies par les seules propriétés du bois ou des cordes du violon nécessaires pour les exprimer " - Claude Bernard(<-clic) .

- " On n'a pas accès au réel "en soi", lorsqu'on effectue une démarche scientifique, mais au "réel empirique", voilà pourquoi le réel véritable est au-delà de la physique, au-delà des perceptions que nous pouvons avoir, au-delà des mesures que nous pouvons faire avec les instruments les plus perfectionnés existants ou pouvant être réalisés dans le futur " - Bernard d'Espagnat(<-clic) .

- "La réalité psychique est une forme d'existence particulière qu'il ne faut pas confondre avec la réalité matérielle " - S. Freud

- "Psychisme et Culture sont co-émergents" - G. Devereux

Ajoutons à cela que si Lacan(<-clic) a distingué le symbolique, l'imaginaire et le réel, dans sa théorisation de l'appareil psychique, et précisé que le réel c'est l'impossible, c'est parce que la passion d'appréhender le réel est vouée à demeurer une passion, c'est à souligner.
Par conséquent, que ces assertions soient frustrantes pour les scientifiques dont fait partie Mr Ramus est une chose. Qu'ils veuillent nous faire croire qu'elles sont fausses ou hors sujet par toutes sortes d'artifices et moyens détournés, est autre chose.

Tout cela est d'autant plus surprenant que dans le domaine des sciences physiques également, les plus grands scientifiques confirment nos propos.
Ainsi, pour Einstein : "c'est la théorie qui décide de ce qu'on peut observer."
Pour Duhesme et Quine, très clairement également : "tout résultat expérimental dépend de l'hypothèse mise à l'épreuve, mais aussi de tout un ensemble d'hypothèses auxiliaires qui portent sur la situation expérimentale, les appareils, le dispositif d'observation et de mesure, etc..".
En résumé, contrairement à un préjugé tenace, le réalisme et le positivisme ne sont pas mieux adaptés que l'instrumentalisme et le constructivisme dans les sciences, qu'il s'agisse des sciences dites exactes ou des sciences humaines (dites aussi morales).
Autrement dit, en bref, toute velléité de naturaliser l'intentionnalité, est parfaitement vaine depuis les points de vue adoptés ici.

L'observateur étant inclus dans l'observation (via sa théorie), comme de nombreux auteurs l'ont montré, le réalisme et le positivisme ne sont pas si bien adaptés à une démarche scientifique objective, que leurs prosélytes le font croire. Au contraire, les héritiers d'Auguste Comte font figure de has-been, dans le sens exposé.
Autrement dit encore, le vieux débat entre objectivité et subjectivité est dépassé par les recherches et découvertes citées.

C'est un fait indéniable en effet, que l'homme n'a pas accès directement au Réel.
Cet accès nécessite la médiation du langage et plus précisément de théories qui sont des représentations du Réel, mais non pas le Réel lui-même.
C'est pourquoi le modèle n'est pas à confondre avec le Réel - la carte avec le territoire - et prétendre proposer plus qu'un modèle outrepasse ce qu'il est scientifiquement possible d'affirmer, comme l'a observé Didier Anzieu.

Autrement dit, l'objet de la science n'est pas la Vérité, le pourquoi des choses, leur vérité dernière, ou leur être-en-soi (ontologie).
Il est seulement de décrire le comment (ce qui se passe et dans quel cas), parce qu' aucune théorie ne contient en elle-même son propre fondement.

Dès lors, le concept de "médecine fondée sur des preuves" est au pire une convention (on fait "comme si"), et au mieux, une pétition de principe, un postulat qu'il s'agirait de démontrer, car en sciences on n'a que des hypothèses et des résultats corroborant ou non ces hypothèses, mais en aucun cas des "preuves" à proprement parler. C'est donc bien par abus de langage ou par artifice qu'on parle de preuves.
Le principe de réfutabilité des hypothèses défini par Karl Popper, confirme aussi cette assertion, même si ce positivisme atténué n'est pas pleinement satisfaisant.
(<-clic)


En toute logique, Mr Ramus et ceux dont il fait partie, devraient donc commencer par nous expliquer ce qu'est selon eux une médecine fondée des preuves, dans un domaine où il n'y a pas de preuve au sens d'une vérité incontestable et indépassable qui serait à démontrer, comme on vient de l'évoquer.
L'expression "médecine fondée sur les preuves" est une aporie dénuée de sens scientifique, du point de vue exposé ici.

En conclusion, la psychiatrie et la psychologie "fondées sur des preuves" paraissent bien être des systèmes tautologiques de pensée, tout autant que la psychanalyse à laquelle leurs tenants font ce reproche.
Les preuves définies par un système pour s'auto-justifier, ou pour justifier une conception de la "vérité" ou de l'"objectivité" n'engageant que ce système, ne sauraient être d'authentiques preuves au sens de vérités universelles ou uniques, comme c'est toujours sous-entendu ou affirmé.

Autrement dit, il n'y a pas de système de référence extérieur au cadre de pensée dans lequel on se trouve, et si les mathématiques font office d'un tel système de référence dans les sciences exactes en particulier - celles où on a des témoins observables et mesurables - on oublie que ce choix n'est pas scientifique, mais épistémologique.
Ainsi, l'utilisation de mesures dans les procédures expérimentales ou semi-expérimentales n'est pas en soi une preuve de scientificité ou de vérité des hypothèses mises à l'épreuve, contrairement à ce que beaucoup croient. C'est seulement un outil méthodologique.
En réalité, seule l'efficacité et l'utilité des connaissances peuvent faire office de preuves, solides ou non, durables ou non... Encore faut-il que les objectifs poursuivis soient justifiés, car déontologiquement, aucune science ne peut faire abstraction des questions éthiques soulevées par ses applications.

En tout état de cause, si le projet mathématique du monde est indispensable dans les sciences physiques et naturelles, cela va beaucoup moins de soi dans les sciences humaines dites aussi sciences morales.
Dans ces sciences en effet, les objets ne sont observables et mesurables que par convention, la plupart du temps, ceci signifiant que les mesures prises n'ont qu'une valeur relative et ne sont pas conformes aux axiomes de la géométrie, comme dans les sciences dures.
C'est pourquoi dans notre domaine, en particulier, la parole du patient - ou son témoignage - est plus importante et significative que n'importe quelle mesure de variables déterminées à partir d'hypothèses possiblement biaisées.

Pour ces mêmes raisons, la nécessité d'une approche constructiviste et herméneutique - ces termes étant liés - ne fait aucun doute, le problème dans les sciences humaines et dans la psychologie en particulier, n'étant pas tant la vérité, la preuve, etc..., que l'éthique, le contexte, l'utilité des connaissances utilisées en fonction des objectifs recherchés et des valeurs défendues.

C'est dire ici que naturaliser l'épistémologie est un pari intenable également. Les paradigmes épistémologiques ne sont pas plus de nature physique ou matérielle que le psychisme dont ils sont des instruments. Pour pousser le raisonnement jusqu'à l'absurde, vouloir naturaliser le positivisme et le réalisme n'a pas plus de sens que vouloir naturaliser l'instrumentalisme et le constructivisme.
Le vœu de naturaliser l'épistémologie exprime un paradoxe insurmontable, un fantasme de scientifiques rêvant de n'avoir affaire qu'à des réalités concrètes et observables. Pourtant du point de vue scientifique plus que de tout autre, la nature s'arrête là où commence la culture, comme on l'a vu dans les précédentes citations.

L'univers symbolique étant ce qu'il est, il serait temps que tous les scientifiques admettent l'existence de différents niveaux de réalité et que beaucoup cessent de vouloir toujours tout ramener à un seul de ces niveaux, autrement dit le niveau matériel et concret ou "naturel".
Il serait temps également que les approches instrumentaliste et constructiviste soient reconnues pour ce qu'elles sont, ie les seules approches scientifiques authentiques, et que toutes les conséquences soient tirées de cette reconnaissance.
Autrement dit que plusieurs théories peuvent décrire le réel avec la même pertinence, ceci excluant tout hégémonisme et toute pensée unique comme il s'en trouve encore trop souvent dans les sciences, l'EBM (Evidence Based Medicin) en étant un flagrant exemple.
Pour autant, tout ceci ne veut absolument pas dire que toutes les théories se valent, donc qu'elles sont toutes bonnes, justes ou adéquates, soit dit en passant.

Pour toutes les raisons qui précèdent, s'agissant de la conscience, nous avons affaire à un état d'énergie et non pas à un état biologique, au sens de la physique classique, comme le laissent entendre les scientifiques "scientistes".
Autrement dit, la conscience ne se trouve pas dans le cerveau même si cet organe est son support matériel.
Autrement dit encore, on ne trouvera jamais les mots et le langage dans le cerveau, pas plus que les images produites par celui-ci en imagination.
Les images d'IRM en particulier, sont d'une autre nature que celles produites par l'imagination et la conscience. Elles ne représentent que des états physiquement observables de l'activité cérébrale, mais non pas la conscience à proprement parler.
Il ne s'agit donc pas de confondre le hardware (le cerveau) et le software (l'esprit ou la conscience), mais au contraire d'admettre qu'on a affaire à 2 niveaux de réalité distincts, l'un physique et matériel, l'autre énergétique et immatériel, symbolique et moral (2) en particulier, même ces deux niveaux sont interconnectés ou corrélés.

Françoise Zannier(<-clic)


Références :

(1) Puissance des Psychotropes - Pouvoir des Patients(<-clic) , Philippe Pignarre, PUF 1999, p.72.
(2) "Les faits moraux composent l'histoire des hommes, dans laquelle souvent il se mêle du physique, mais toujours relativement au moral."(<-clic) J. Marmontel



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